Pokémon Épée et Bouclier : le paradoxe de la série

Depuis que la communication autour de Pokémon a débuté sur Internet, j’ai vu de nombreuses révélations faire rager une partie de la communauté. Cependant je crois qu’avec Épée et Bouclier, Pokémon gagne un (triste) record tant la vague de rage autour des informations de l’E3 fut forte.
Pour tout vous dire, je n’ai pas passé une période d’E3 fantastique car je me suis rarement senti aussi mal à l’aise devant toutes ses réactions disproportionnées, tant positives que négatives. Je sais que cet article ne sera pas un brin original, mais j’ai besoin d’exprimer ce que je ressens ces derniers jours.


Commençons par parler de l’absence de Pokédex National, et, de manière plus générale, du fait de ne pouvoir transférer dans EB que les Pokémon du Pokédex régional. De base, cette annonce a été interprété de plusieurs manières.


On ne pourra pas jouer avec ces anciens Pokémon au cours de l’aventure.

Ce n’est en rien une nouveauté : la possibilité de transférer ses Pokémon d’anciens jeux est souvent disponible après avoir battu la ligue. De plus, on a toujours eu qu’une sélection de Pokémon pendant l’aventure.


Il n’y aura pas de Pokédex National.

Là encore, c’est un faux problème. Bien que cela m’ait freiné pour transférer des Pokémon en 7G, le transfert était bel et bien possible. Dès lors, nous pouvons se poser la question : ne pas avoir une preuve comme quoi nous avons réunis tous les Pokémon existants est-il vraiment une perte ? Quand il s’agit de faire des transferts de masse pour réussir cet objectif et que la récompense n’est une étoile sur notre carte dresseur et un diplôme numérique, je pense qu’au final, nous ne perdons pas une fonction essentielle.


Pour en revenir à Epée et Bouclier, l’impossibilité de transférer une partie des Pokémon existants est-elle une mauvaise chose ? Concrètement oui. Quelle que soit soit la façon dont chacun tirait parti du transfert entre deux jeux de génération différente, nous parlons d’une fonctionnalité récurrente pour la série dont nous devrons nous passer. Certes, le transfert 2G-3G n’était pas possible à l’époque, mais il s’agissait d’un problème matériel. Aujourd’hui, il est technologiquement possible de transférer un Pokémon capturé dans Pokémon Rouge et de l’entrainer à Galar.

Chose importante, Junichi Masuda a déclaré que cette décision « fut difficile à prendre ». Preuve que ce ne fut pas un choix voulu mais bien une contrainte. Officiellement, Masuda mentionne un potentiel soucis d’équilibrage, mais je n’y crois pas. Ses propos ont été recueillis via une interview qui fait donc parti de la communication autour du jeu. Et quoi de mieux que justifier ce choix par la promesse d’un jeu équilibré ? Pour moi, c’est de la poudre aux yeux, une façon de détourner l’attention. 

En théorie, le transfert via Pokémon Home sera débloqué une fois la ligue battue. De ce fait, cela ne concerne en rien l’aventure principale. De plus, pourquoi ne pas proposer un Pokédex Régional calibré pour les tournois dont seuls les Pokémon pourraient être utilisés ? Ces derniers seraient reconnaissables via un symbole, comme le pentagone bleu à Kalos. Bref, cela me semble être une alternative facile à mettre en place.

Schéma Pokémon Home
Un service pour les rassembler tous

Personnellement, j’ai été déçu par cette annonce. J’ai l’habitude de transférer quelques Pokémon, en particulier ma collection de shiny qui me suit sur chaque génération depuis ma version Rubis. J’aime, par exemple, rencontrer un shiny que j’entrainerais sur un autre jeu histoire de profiter des fonctionnalités dudit jeu.

De plus, j’ai toujours vu chaque nouveau jeu Pokémon comme un nouveau prolongement de son univers. Le bestiaire de la série s’enrichissant de plus en plus, avec l’absence de Pokédex National à partir de Soleil et Lune, j’ai ressenti comme une coupure dans cette avancée. À croire que ces jeux étaient à part et qu’ils ne faisaient pas vraiment parti de cet ensemble. Surtout qu’en 7G, de nombreux Pokémon non présents dans le Pokédex d’Alola peuvent être capturés. Ne pas avoir accès à la fiche du Pokédex de ces derniers rendrait presque leur obtention illégitime à mes yeux, comme si ce n’était pas normal de les avoir dans ces jeux.


Fans de Tarak
J’ai l’impression que les persos sont posés sur le décor…

Autre gros désaccord qui est d’actualité depuis l’annonce les jeux : les graphismes. Effectivement, Pokémon Épée et Bouclier ne seront pas des démo techniques pour la Switch. Là encore, je ne vois pas le souci. Pour rappel, les jeux Pokémon n’ont jamais été réputés pour leurs graphismes. J’imagine que c’est le passage sur Switch qui met en lumière cette particularité de la série.

Sachant que les différents visuels et autres démos représentent un jeu en développement et que je ne me vois pas donner un avis définitif sur ce qu’on veut bien nous montrer à l’état actuel. Alors certes, il n’est pas difficile d’imaginer que la Switch est capable de mieux graphiquement parlant, mais pour l’instant, l’ensemble a l’air très propre et coloré. Je n’irais pas à crier sur tous les toits que le jeu est beau, mais il n’est pas moche.


Reconnaître le style propre à Soleil et Lune via les personnages et les Pokémon me gène cependant. J’ai l’impression qu’ils s’intégrent mal aux environnements et qu’ils ressortent, comme s’ils n’étaient pas sur la même profondeur. J’ai d’ailleurs le même ressenti avec les interfaces. Je les trouve mal intégrées et trop simple.


Si effectivement certaines textures ont l’air d’être à la ramasse, parlons du jeu pris en modèle par beaucoup de monde : Zelda Breath of the Wild. Honnêtement, je pense que si ce Zelda est devenu la référence sur Switch, c’est parce qu’il représente une révolution pour la série et qu’il a créé la surprise parmi les fans (ce n’est pas pour rien qu’il est devenu le jeu le plus vendu de la franchise).

Rhinoféros dans les Terres Sauvages
Les Terres Sauvages devraient proposer une sensation de découverte inédite.

Après quelques heures de jeux, nous nous rendons vite compte que le jeu est loin d’être parfait et que de toute façon, il ne démontre en rien les capacités réelles de la Switch puisqu’il s’agit d’un portage Wii U.
Vous me direz : « mais pourquoi défendre Pokémon par rapport à Zelda si tu ne trouves pas que ce dernier est techniquement satisfaisant » ? Car ces jeux ne sont pas comparable. En dehors du fait qu’ils s’agissent de deux licences aux genres différents, il faut rappeler que les moyens derrière elles ne sont pas les mêmes. Les Zelda 3D sont développés en interne et, depuis Skyward Sword, co-développés par Monolith Soft, studio propriété de Nintendo à l’origine des Xenoblade, des RPG en monde ouvert. Difficile de trouver des chiffres précis mais le studio en charge de BOTW (aka Nintendo Entertainment Planning & Development) et Monolith Soft seraient chacun composés d’environ 900 employés.
A contrario, les jeux Pokémon sont développés par… Game Freak. On apprend sur leur site officiel que la société était composée de 143 employés en 2018, sachant qu’elle est sous-divisé en plusieurs équipe de développements et que Game Freak n’est, à priori épaulé d’aucun autre gros studio pour développer les jeux Pokémon.

Autre point de comparaison : un jeu Zelda 3D sort environ tous les 4-5 ans. Côté Pokémon, nous changeons de génération tous les 3 ans depuis 2013. Voilà pourquoi comparer un jeu Pokémon et un jeu Zelda n’a aucun sens : tout les sépare.


Ma première réaction fut de me demander pourquoi Game Freak s’obstinait à sortir ses jeux avec un rythme aussi soutenu. Je me suis ensuite rappeler que les jeux Pokémon n’étaient que le centre de l’univers de la série, et qu’autour gravitent les produits dérivés (principalement le JCC et l’animé). Ces derniers étant calés sur le rythme de sortie des jeux, décaler un jeu signifie l’arrêt provisoire de l’animé et des sorties d’extension de cartes. Sans être spécialiste en marketing, je devine que derrière cette synchronisation multimédia se cache un immense travail d’anticipation (et probablement pas de quelques mois, mais sûrement de plusieurs années). En effet, produire de nouveaux épisodes ou créer de nouvelles cartes doit prendre beaucoup de temps.
Encore une fois, un imprévu venant chambouler toute cette préparation provoquerait de grandes pertes d’argent.


Mine de Galar n° 1
A défaut d’être magnifique, les environnements seront variés…

Je pense qu’au fond, ce qui manque à Epée et Bouclier, c’est clairement un manque de temps de développement. Comme dit plus haut, Game Freak continue, en 2019, à développer seul. Fatalement, avec une équipe aussi restreinte, difficile de proposer aux joueurs des jeux autant aboutis que d’autres productions sur la même console. Loin de moi l’idée de penser que EB seront de mauvais jeux ou qu’ils seront bâclées, mais il est plus compréhensible que certains aspects ne soient pas conforme aux attentes d’une partie de la communauté.

Malgré tout, je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi Game Freak ne s’associe pas avec un autre studio. Aujourd’hui, la plupart des jeux Nintendo sont co-développés par un studio interne ou externe histoire de garder un certain niveau de qualité. Néanmoins, Game Freak semble s’entêter à vouloir rester indépendant.
Autre interrogation : pourquoi Game Freak scinde son personnel pour créer plusieurs jeux en simultané ? J’ai trouvé que Pokémon Let’s Go était une expérience assez rafraichissante. N’était-il cependant pas plus judicieux de rassembler tous ses développeurs sur Epée et Bouclier ? Il en va de même pour Town dont nous n’avons plus entendu parler depuis son annonce en septembre dernier. A-t-il été annoncé trop tôt ou est-il tout simplement reporté ? Et pourquoi Game Freak s’est mis à développer un nouvel RPG autre que Pokémon ?

Tant de mystères qui entourent le studio japonais et, moi le premier, je serais tenté de critiquer le studio de par son manque de prise de risque ou les faiblesses techniques des jeux plus récents. Mais à défaut de comprendre le fonctionnement de Game Freak, difficile d’émettre un jugement juste et pertinent.


Ludester
… mais aussi dépaysant.

Il y a quelques années, une rumeur courait comme quoi Satoshi Tajiri, l’homme derrière le concept de Pokémon, se montrait de plus en plus discret et délégué au profil de ses collaborateurs, passant de Directeur à Producteur Exécutif. Je ne sais pas ce qu’il en ait mais ça ne m’étonnerait pas qu’au vu du succès de Pokémon, Game Freak soit clairement dépassé. Après tout, Pokémon devait, à l’origine, s’arrêter après la sortie de Pokémon Or et Argent, oui, sans laisser la possibilité à Cristal d’exister. A ce propos, n’oubliez pas qu’à l’origine, le concept de jeux complémentaires fut utilisé pour faire patienter les fans pendant le développement des versions 2G qui tardaient à sortir. Tout ça pour dire que seul l’énorme succès planétaire des monstres de poche encouragea Game Freak d’étendre leur univers.

À moins que Nintendo cherche depuis des années à faire poursuivre la licence ? Et vu les ventes de chaque jeu principal, puis des remakes, comment leur en vouloir ? Pokémon est devenu un des piliers de Big N. C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison que Game Freak garde main mise sur le développement des  jeux Pokémon : leur succès ne justifie en rien un changement, voire une restructuration de l’équipe de développement. Pourquoi investir plus si le succès actuel convient à Nintendo ? Ou alors, peut-être que Game Freak souhaite garder le contrôle de sa licence quel qu’en soit le prix, pour que Pokémon reste un projet « made in Game Freak ». Mais encore une fois, rien n’est moins sûr et je ne peux qu’émettre une simple hypothèse.


Toujours est-il que, vu l’importance qu’à actuellement Pokémon (on parle tout de même de la franchise transmédia la plus importante au monde), il est normal que les attentes des fans soient d’autant plus élevées. D’un autre côté, je pense qu’avec le temps, la communauté s’est peut-être, plus à tort qu’à raison, approprié la licence, provoquant ainsi une levée de bouclier quand la direction prise par Game Freak ne convient aux attentes de cette dernière.

Je vois Pokémon comme le Titanic : un nom représentant force et puissance dans leur domaine. Mais leur renommée les empêche de changer de cap avec réactivité, ce qui provoque quelques désilusions. Bien entendu, Pokémon est loin d’être en fin de carrière et malgré quelques déconvenus, la franchise poursuit sa route.

Si pour beaucoup, Pokémon n’est pas significativement marqué par de nombreux changements, Game Freak nous prouve, plus de 20 ans après, qu’ils savent rester imprévisible. Par exemple : aucune console Pokémon n’a accueilli exactement le même nombre de jeux Pokémon, comme le prouve le graphique ci-dessous.

Répartition des types de jeux Pokémon par console

Bien évidemment, il y a forcément des aléas techniques et surtout la durée de vie des consoles concernées qui rentre en jeu. Quoiqu’il en soit, si le concept de base de Pokémon reste inchangé, personne ne peut, aujourd’hui, se venter de prévoir avec certitude ce que nous réserve Game Freak à l’avenir.


Je conclurerais en vous disant qu’au fond, tous les jeux Pokémon sont bons. On a bien sûr tous son préféré, une génération favorite pour des raisons qui nous sont propres. Chaque jeu apporte ses règles, ses spécificités, de quoi permettre à chacun d’y trouver son compte. Certes, ces jeux ont des défauts, mais je ne pense pas qu’il y en aient qui soient rédhibitoires, au point de considérer un jeu Pokémon comme mauvais.

Par exemple, je n’ai pas accroché aux jeux de la 7G et à Alola. L’ambiance de la région ne m’a pas parlé. Néanmoins, ce changement de décor et d’ambiance apporte une certaine bouffée d’air frais.

Désormais, nous approchons de la sortie de Pokémon Epée et Bouclier. Seront-ils à la hauteur de mes attentes ? Nous verrons bien. Il est clair qu’il est injuste de juger si vite ces nouveaux jeux qui regorgeront, une nouvelle fois, de surprises et de nouveaux Pokémon à découvrir. Peut-être qu’ils deviendront les jeux préférés de certains joueurs, alors qu’autres passeront à côté.

En conclusion, plutôt que d’insulter Game Freak, de prendre de haut ses développeurs et de leur donner des leçons, alors que personne n’est à même de décrire le fonctionnement du studio, attendons les prochaines informations sur Galar. Prenons le temps de découvrir les mystères de cette nouvelle région, puisque c’est en partant à l’aventure avec Ouistempo, Flambino ou Larméléon, qu’il sera possible de savoir si le voyage à Galar est une valeur sûre.

Entrée dans le stade de Greenbury
Prêt pour une nouvelle aventure ?

2 pensées sur “Pokémon Épée et Bouclier : le paradoxe de la série

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